Le sport, frein au processus inflammatoire de la spondylarthrite

Le sport et la kinésithérapie ont bien des effets positifs sur les symptômes de la spondylarthrite. De récentes études ont révélé qu’une gymnastique appropriée pourrait même avoir une influence certaine sur le processus inflammatoire.

8 février 2019
Le sport, frein au processus inflammatoire de la spondylarthrite

KARSTEN KRÜGER

Plusieurs études sont venues prouver l’importance d’entretenir la condition physique des spondylarthritiques. Il y a par exemple un rapport direct entre la performance physique et la qualité de vie du patient. Négliger une activité régulière en raison des douleurs, du manque de temps ou de la fatigue accentue les symptômes liés à la maladie et affaiblit l’endurance physique.

Le processus inflammatoire de la spondylarthrite

De récentes études révèlent que l’activité physique n’a pas seulement le potentiel d’influer sur les symptôme liés à la spondylarthrite, mais aussi sur le processus inflammatoire.

Selon certaines études, des processus auto-immunes peuvent se diriger contre la  molécule d’aggrécan de l’individu. Celle-ci est responsable de l’élasticité des cartilages. De plus, l’inhibition de la cytokine TNF-alpha (qui favorise le processus inflammatoire) soulage efficacement les douleurs. De nombreux symptômes de la spondylarthrite semblent donc liés fondamentalement à un état inflammatoire local ou général du patient.

Le mouvement, une thérapie anti-inflammatoire

Le sport et la kinésithérapie entretiennent la musculature et l’endurance, favorisent la mobilité, réduisent les douleurs et la fatigue et agissent positivement sur l’anxiété et les humeurs dépressives. Durant ces dernières années, on a prouvé d’autres effets stimulants du sport. Ainsi, pour des patients souffrant de diverses maladies inflammatoires, qui ont suivi un programme d’endurance modéré, on a relevé une diminution de l’inflammation. Ceci, par l’effet concomitant de l’augmentation de la concentration de facteurs anti-inflammatoires comme l’interleukine-10 et l’inhibiteur d’interleukine-1 et de la diminution de la concentration de facteurs pro-inflammatoires tels le TNF-alpha et la C Reactive Protein (CRP).

De l’importance des muscles squelettiques

On a longtemps tenu pour acquis que la fonction des muscles restait limitée au mouvement et au développement de la force. On sait aujourd’hui que le muscle permet de véhiculer dans le circuit sanguin de nombreuses substances bénéfiques à l’organisme. En raison de leur importance, ces éléments de signalisation cellulaire sont depuis classifiés en groupes d’éléments, les myosines (cytokines sécrétées par les cellules musculaires). Certaines de ces myosines ont un effet anti-inflammatoire et réduisent même localement le processus inflammatoire.

L’interleukine-6 semble ici jouer un rôle important. On peut la considérer comme une des principales myosines sécrétées pendant l’effort physique. Dans plusieurs études portant sur différents groupes de patients, on a démontré que le sport et la gymnastique libèrent l’interleukine-6 et semblent inhiber le TNF-alpha. C’est après un entraînement d’endurance qu’elle a démontré sa plus grande efficacité, même si des effets analogues après une gymnastique de musculation de plusieurs semaines ont été constatés dans les premières études. La contraction musculaire et l’épuisement des récepteurs énergétiques des muscles sont des stimuli physiologiques qui libèrent la myosine. C’est pourquoi l’endurance pratiquée régulièrement semble avoir une grande efficacité.

On a démontré que la concentration d’une cytokine anti-inflammatoire essentielle  augmentait chez les spondylarthritiques après un entraînement d’endurance de plusieurs semaines.

Les conditions cadres du sport

Pour profiter des effets anti-inflammatoires du sport, il faut se tenir à certains préceptes d’entraînement. Premièrement, en thérapie sportive, ne pas seulement faire des exercices de gymnastique, mais aussi de l’endurance et de la musculation. L’effet anti-inflammatoire du sport n’est atteint que lorsque les dispensateurs d’énergie des muscles sont vidés par un long entraînement d’endurance. Dès lors, l’entraînement doit être suivi avec une certaine régularité et assiduité. Il est recommandé aux spondylarthritiques de se soumettre à un examen d’endurance auprès de leur médecin qui leur délivrera son aval pour faire du sport. Alors seulement, cet entraînement pourra commencer.

Endurance et musculation avec modération

Si la gymnastique permet d’accroître rapidement les performances, les personnes atteintes de maladies inflammatoires devront la pratiquer avec modération. Car l’endurance ou la musculation à trop haute dose peuvent au contraire stimuler le processus inflammatoire du système immunitaire. Il en va de même des sollicitations qui provoquent des courbatures. Avec le risque de causer des poussées inflammatoires durant certaines phases de la maladie. C’est pourquoi il vaut mieux recommander aux spondylarthritiques de modérer leurs efforts lorsqu’ils pratiquent l’entraînement d’endurance.

Ce qui signifie, comme point de référence pour l’endurance, une fréquence d’entraînement de 60 à 70% de la fréquence cardiaque maximale (fréquence cardiaque maximale = 220 moins l’âge). Concernant l’endurance, l’unité devrait durer de 15 à 20 minutes au moins et augmenter ensuite. Si la forme physique du patient s’améliore, l’entraînement peut être porté à trois fois par semaine au lieu de deux et la durée de l’effort, à 30 minutes au lieu de 20.

Pour la musculation aussi, modérer les charges à lever (jusqu’à 65% du poids à lever en une fois) et favoriser plutôt un plus grand nombre de répétitions. Renoncer à toute activité sportive en cas de poussées inflammatoires aiguës est plus prudent.

Dr. rer. Nat. Karsten Krüger, Abteilung für Sportmedizin, Justus Liebig-Universität Giessen, Deutschland: «Beitrag des Sports zur Entzündungsregulation beim Morbus Bechterew», in «Morbus Bechterew-Journal», n° 133.