Le diagnostic a permis de soulager les symptômes

Des chercheurs américains signalent le cas d’un jeune athlète. Un premier diagnostic attribue ses symptômes à une instabilité sacro-iliaque et à une fracture de contrainte de l’articulation sacro-iliaque. D’autres investigations auront été nécessaires pour poser le diagnostic de la spondylarthrite.

18 mars 2019
Le diagnostic a permis de soulager les symptômes

TIMOTHY L. MILLER ET AL.

Un sauteur en longueur de 21 ans se plaignait de raideur dans la cuisse droite et de douleurs dans l’articulation sacro-iliaque, qui perduraient depuis une semaine et qui se manifestaient surtout à la course et au saut, mais pas en marchant. Ce patient n’avait eu jusqu’alors aucune blessure de nature mécanique. Il souffrait cependant de colite ulcéreuse, une maladie inflammatoire chronique intestinale, qui avait déjà nécessité une opération.

Lorsque ce jeune homme s’est présenté à la consultation, il a été soumis à un examen physique qui a révélé des douleurs locales à l’articulation sacro-iliaque droite. Par contre, la force des muscles de la loge postérieure de la cuisse et des muscles fessiers tout comme la mobilité de la hanche et du rachis étaient normales. On a constaté une tension de la musculature postérieure des cuisses, ce qui, pour un athlète, était également dans la norme. En position assise, les tests de mobilité latérale des sacro-iliaques ne montraient aucune anomalie. Ce sportif n’avait ni froissure ni claquage. Et pourtant, les examens ont révélé des douleurs à la flexion et à l’adduction/abduction.

Réaction différenciée aux thérapies

Diagnostic présumé pour cet athlète, une articulation sacro-iliaque instable, avec handicap fonctionnel. On lui a ordonné le repos et la prise de médicaments anti-inflammatoires. Ensuite, il a suivi un traitement de stimulation musculaire électrique, un traitement ostéopathique et fait de la physiothérapie. Son état de santé ne s’est pas amélioré pour autant. Pour finir, il a fait de la physiothérapie, du stretching avec traitement local à chaud avant et à froid après ainsi que de la stimulation musculaire électrique. Avec ce programme, les symptômes ont nettement diminué. Ce jeune homme a pu reprendre son entrainement à 100% et recommencer la compétition. Mais, à peine avait-il arrêté la physiothérapie que les douleurs sont réapparues. Il a donc recommencé la gymnastique pendant six mois.

Dix mois après ce premier diagnostic et une période sans gymnastique, le sauteur en longueur se plaignait de douleurs récidivantes et plus fortes encore dans l’articulation sacro-iliaque. Il lui a fallu freiner l’entrainement et refaire plus de gymnastique. Cependant, les symptômes se sont tellement aggravés qu’il a dû cesser tout entrainement. Il a même été question qu’il se déplace à l’aide de cannes. On lui a prescrit des anti-inflammatoires. Les radiographies faites alors ne montraient aucune particularité à la colonne vertébrale. Une imagerie par résonnance magnétique (IRM) a dévoilé une blessure à l’extrémité supérieure du fémur droit et une inflammation de l’articulation sacro-iliaque droite. Ces lésions ont été diagnostiquées à tort comme fractures de contrainte de l’articulation sacro-iliaque.

Diagnostic après analyses sanguine et génétique

Un deuxième avis a été requis pour l’IRM. On a alors procédé à une analyse sanguine et constaté une spondylarthropathie séronégative, avec des signes d’inflammation élevés sur la deuxième vertèbre dorsale (T-2). Le jeune athlète a donc repris la médication aux anti-inflammatoires. On lui a proposé un programme de thérapie avec des exercices de gymnastique douce (gymnastique aquatique) jusqu’à ce que les origines de ses douleurs soient connues. D’autres investigations ont révélé chez ce patient une vitesse de sédimentation élevée, une concentration sanguine de CRP anormalement haute et un dosage marqué du calcium dans le sérum. Quant au test HLA-B27, il s’est révélé positif. Enfin, le patient a été envoyé chez un rhumatologue pour fixer un traitement spécifique à la spondylarthrite.

On a prescrit au sauteur en longueur la prise quotidienne d’indométacine, un anti-inflammatoire non stéroïdien. Il a commencé un reconditionnement physique avec d’abord de la course à pieds légère, du saut et de l’haltérophilie. Ses douleurs ont complètement disparu en l’espace de quatre semaines de traitement médicamenteux. Il a participé sans gêne aucune aux compétitions d’athlétisme. Il a mis un terme à sa carrière sportive une fois ses études terminées.

Un an après son diplôme universitaire, il ne ressentait pratiquement plus aucun symptôme et pouvait courir plus de 20 kilomètres par semaine sans problème. Il souffrait parfois de l’articulation sacro-iliaque droite en jouant au basket. Il n’était plus obligé de prendre des médicaments.

Les médecins du sport doivent impliquer plus rapidement les rhumatologues

Le cas de ce jeune athlète est révélateur à bien des égards. La colite ulcéreuse et les douleurs articulaires sacro-iliaques étaient déjà des signes d’une possible spondylarthrite. Le retard du diagnostic pourrait donc signifier que les médecins du sport recherchent longtemps chez les athlètes une blessure ou une contrainte musculaires dues au sport, excluant de facto d’éventuelles causes rhumatismales.

Avec cette publication, les auteurs aimeraient sensibiliser les médecins du sport, les entraineurs et toutes personnes ayant une formation médicale, à envisager assez tôt de possibles causes rhumatismales, comme la spondylarthrite, chez des athlètes souffrant de douleurs. Ils espèrent ainsi que le diagnostic soit posé plus rapidement, facilitant un traitement mieux adapté pour soulager plus rapidement les symptômes. Ce qui permettrait aussi d’améliorer les performances sportives.

Timothy L. Miller; Nathan Cass, Courtney Siegel: «Ankylosing Spondylitis in an Athlete with Chronic Sacroiliac Joint Pain». In: Orthopedics, 2014 Feb 1;37 (2):e207-10. Sports Medicine Center, The Ohio State University. Columbus, Ohio.