En cas de soupçon de fracture vertébrale: CT ou IRM

Le risque de fracture vertébrale est plus élevé chez les patients spondylarthritiques. Souvent, cettes fractures ne sont pas détectées parce qu’elles ne causent pas de douleur ou parce que la douleur est interprétée à tort comme une poussé. En cas de soupçon, il faut donc toujours un CT ou un IRM.

29 mai 2019
En cas de soupçon de fracture vertébrale: CT ou IRM

Dre Fiona Maas, Dre Anneke Spoorenberg, Dre Boukje P. G. van der Slik, Dre Eveline van der Veer, Dre Elisabeth Brouwer, Dre Hendrika Bootsma, Dr Reinhard Bos, Dre Freke R. Wink et Dre Suzanne Arends, Université de Groningen et centre médical de Leeuwarden, Pays-Bas

Les fractures vertébrales peuvent entraîner de graves douleurs dorsales, une mobilité de la colonne vertébrale restreinte, une perte de longueur du corps et un handicap. Les fractures vertébrales existantes augmentent la probabilité d’autres fractures vertébrales et même de fractures osseuses à l’extérieur de la colonne vertébrale.

Chez les patients spondylarthritiques, le risque de subir une fracture vertébrale est 2 à 8 fois plus élevé que chez les personnes sans spondylarthrite ankylosante. De précédentes études ont montré que 10 à 43 % des patients atteints de spondylarthrite ankylosante ont subi au moins déjà une fois une fracture vertébrale.

Souvent mal interprétées comme poussée

Souvent, les fractures vertébrales ne sont pas détectées, soit parce qu’elles ne causent pas des douleurs supplémentaires, soit parce que les douleurs sont interprétées à tort comme une poussée d’inflammation, soit parce que les fractures vertébrales sont souvent difficiles à détecter lors de radiographies normales. Il est particulièrement difficile de distinguer sur les radiographies des fractures vertébrales mineures situées dans la région centrale de la colonne thoracique d’autres modifications de la colonne vertébrale.

De précédentes études ont montré que le sexe masculin, une plus longue durée de la maladie, le tabagisme, une faible mobilité de la colonne vertébrale (surtout lors d’une colonne vertébrale courbe) et une faible densité osseuse sont associés à un risque accru de fracture vertébrale.

On sait peu de choses sur la fréquence de nouvelles fractures vertébrales au cours d’une certaine période de temps et si les médicaments ont une influence. Lors d’une étude coréenne réalisée en 2014, il a été constaté que 5 % des patients ont subi une fracture de la colonne vertébrale en deux ans et 14 % en quatre ans dans la seule colonne lombaire. Dans notre étude de 2016 sur les patients traités avec des anti-TNF alpha, 20 % ont subi une nouvelle fracture de la colonne lombaire ou thoracique dans un délai de quatre ans.

Les deux tiers étaient des fractures bénignes

L’objectif de notre nouvelle étude était d’étudier la fréquence de nouvelles fractures vertébrales chez les patients spondylarthritiques en fonction des caractéristiques des patients, des résultats médicaux et du traitement médicamenteux. Pour ce faire, nous avons mesuré la hauteur des corps vertébraux entre la 4e vertèbre thoracique et la 4e vertèbre lombaire. Nous avons compté une réduction de la hauteur de toute vertèbre d’au moins 20 % comme fracture vertébrale. Nous avons décrit la fracture comme étant bénigne lors d’une réduction de hauteur de 20-25 %, modérée lors d’une réduction de hauteur de 25-40 %, grave lors d’une réduction de hauteur de plus de 40 %. De plus, la forme de la fracture vertébrale a été documentée.

Sur les 292 patients spondylarthritiques dont existaient des radiographies appropriées et qui ont donc pu être inclus dans l’étude, 63 % ont été traités avec des anti-TNF alpha en raison de leur activité élevée de la maladie. Comme on pouvait s’y attendre, ces patients présentaient également une atteinte plus fréquente des articulations périphériques, une moindre mobilité de la colonne, un degré de rigidité plus élevé (mSASSS plus élevé) et une densité osseuse plus faible.

20 % des participants à l’étude présentaient déjà au moins une fracture vertébrale au moment de la prise en compte dans l’étude (début de la période d’observation). De ces fractures vertébrales, 70 % pouvaient être classées comme bénignes, 28 % comme modérées et 2 % comme graves selon les critères mentionnés ci-dessus. Les fractures vertébrales graves s’étaient produites chez deux patientes âgées à faible densité osseuse qui avaient déjà souffert de deux fractures vertébrales non reconnues auparavant. Presque toutes les autres fractures vertébrales n’avaient pas été détectées non plus.

Particulièrement fréquentes lors de forte courbure de la colonne vertébrale

Les facteurs de risque pour ces fractures vertébrales déjà existantes étaient l’âge plus élevé, l’obésité, le tabagisme, une plus grande distance tête-mur, un degré plus élevé de rigidité (mSASSS), une densité osseuse plus faible et une utilisation plus rare d’antirhumatismaux non stéroïdiens. Chez les patients n’ayant pas pris d’antirhumatismaux non stéroïdiens (AINS) au départ de l’étude, les fractures vertébrales étaient plus fréquentes (31 %) que chez les patients ayant pris des AINS (18 %). Les fractures de la colonne vertébrale étaient particulièrement fréquentes (44 %) chez les patients dont la distance entre la tête et le mur était supérieure à 10 cm.

Au cours de la période d’observation de deux ans, 6 % des patients ont subi une ou plusieurs nouvelles fractures vertébrales. La seule nouvelle fracture vertébrale classée comme grave s’est produite chez l’une des deux patientes qui avaient déjà subi une fracture vertébrale grave avant le début de l’étude.

Les facteurs de risque d’une nouvelle fracture vertébrale étaient encore une fois l’âge plus élevé, une densité osseuse plus faible et l’absence d’utilisation d’AINS au début de l’étude. Il ne semble pas y avoir de différence dans la fréquence des fractures entre les patients traités avec des anti-TNF alpha en raison de leur forte activité de la maladie et ceux traités de façon conventionnelle malgré leur forte activité de la maladie.

Le tabagisme et l’obésité augmentent le risque

Cette étude approfondie de patients atteints de spondylarthrite ankylosante avec une activité de la maladie et un traitement différents a montré que 20% des patients avaient déjà une fracture vertébrale perceptible sur la radiographie au début de l’étude, que 6% des patients ont subi une nouvelle fracture vertébrale en seulement 2 ans et que la plupart de ces fractures vertébrales ont été classées comme légères, avec une perte de 20-25% de la hauteur de la vertèbre affectée.

Une nouvelle conclusion importante de notre étude est l’influence du mode de vie (tabagisme et obésité). Les patients spondylarthritiques ayant fumé pendant 20 ans ont deux fois plus de risques de subir une fracture vertébrale que les non-fumeurs. L’influence de l’obésité que nous avons observée peut être liée au fait qu’une plus faible activité physique entraîne une diminution de la qualité osseuse et donc un risque de fracture plus élevé.

Le résultat le plus intéressant de notre étude est celui que l’utilisation d’AINS réduit le risque de fracture, mais pas le traitement avec des anti-TNF alpha. Il n’est toutefois pas clair comment se produit cette influence de l’utilisation des AINS.

En cas de soupçon toujours CT ou IRM

Comme les fractures vertébrales sont facilement négligées sur la radiographie, un tomodensitogramme ou une image de résonance magnétique devrait toujours être fait en cas de soupçon de fracture vertébrale, en particulier chez les patients présentant un risque accru de fracture vertébrale.

Maas, Fiona, et al. «Clinical risk factors for the presence and development of vertebral fractures in patients with ankylosing spondylitis.» Arthritis care & research 69.5 (2017): 694-702.

Source: «Morbus-Bechterew-Journal» No 152 / mars 2018